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Le nouveau président de la République tiendra-t-il ses promesses ? Cette question se pose légitimement après chaque élection. Et l’expérience nous apprend que les engagements des campagnes électorales sont inégalement honorés. Au-delà de la sincérité du nouvel élu, ce sont les réalités qui commandent. Nul ne sait aujourd’hui ce que l’avenir réserve à la présidence de Nicolas Sarkozy. Qui aurait imaginé le destin du mitterrandisme, synonyme en 1981 de « rupture avec le capitalisme » et s’abîmant dix ans plus tard dans l’affairisme ? Et celui du volontarisme chiraquien, pourfendeur de la « fracture sociale » en 1995, avant d’ouvrir une ère de glaciation de la société française ? Cette fois pourtant chacun sent bien que les électeurs à gauche comme à droite se sont clairement exprimés en faveur d’une rupture avec vingt-six ans de chiraco-mitterrandisme où la flamboyance des mots masquait trop souvent l’indigence de l’action. Après cette élection sans ambiguïté, l’attente des électeurs de Nicolas Sarkozy est à la hauteur des appréhensions de la gauche. Il faut espérer que, pendant sa présidence, le chômage qui mine notre société depuis trente ans reculera véritablement. Il faut espérer aussi que les craintes exprimées à gauche sur le communautarisme, sur l’accroissement des inégalités sociales et sur la partialité de l’État seront démenties par la pratique du pouvoir. Refusant tout a priori idéologique, Le Meilleur des mondes jugera sur pièces le nouveau président et son équipe. Mais il est un domaine où notre revue se montrera particulièrement vigilante : celui de la politique étrangère. C’est dans notre deuxième numéro en effet qu’à l’automne dernier Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait pour la première fois développé les grandes lignes de son programme en la matière.

Interrogé par Pascal Bruckner, André Glucksmann, Michaël Prazan et Yasmina Reza, Nicolas Sarkozy s’affirmait soucieux de concilier les intérêts de la France et le respect des droits de l’homme. En rupture avec un antiaméricanisme français traditionnel, mais encore exacerbé depuis la guerre d’Irak (tout en considérant celle-ci comme une erreur), le candidat de l’UMP se démarquait de certains invariants de la politique étrangère française perpétués avec des nuances depuis le général de Gaulle : la « politique africaine » postcoloniale, la « politique arabe » fondée sur la complaisance à l’égard de régimes corrompus et la sévérité envers Israël, une Union européenne conçue comme une « France en grand », et d’une manière générale la préférence pour le statu quo et l’équilibre, au détriment trop souvent de la liberté des peuples. Par ailleurs Nicolas Sarkozy affirmait une sensibilité antitotalitaire guère répandue dans la classe politique française, où peu de voix se sont élevées lorsque Jacques Chirac l’an dernier qualifia le libéralisme d’« idéologie aussi dangereuse que le communisme ».

Disons-le franchement : la teneur des propos de Nicolas Sarkozy était globalement en écho avec le positionnement de notre revue. Le Meilleur des mondes en était-il pour autant transformé en revue sarkozyste ? Soucieux de compartimenter la pensée, certains journalistes nous attribuèrent hâtivement cette étiquette. Mais s’ils avaient pris la peine de lire ce numéro de notre revue ils y auraient découvert une interview de Dominique Strauss-Kahn qui, après Bernard Kouchner dans notre premier numéro, esquissait lui aussi les contours d’une politique étrangère en rupture avec le cynisme et l’impuissance chiraquiennes. En réalité Le Meilleur des mondes n’est pas plus « kouchnerien » ou « strauss-kahnien » qu’il n’est « sarkozyste ». Notre revue a pour ambition de contribuer à sortir la société française de ses rigidités, à la réconcilier avec elle-même, et à aider à ce que ce pays retrouve un rôle et une place, dans un monde qui change vite et fort. Si certains d’entre nous, comme André Glucksmann et Marc Weitzmann, se sont engagés publiquement en faveur de Nicolas Sarkozy, d’autres ont voté pour Ségolène Royal.

La polémique, en grande partie artificielle, autour du « virage à droite des intellos » montre que beaucoup de nos « clercs » peinent à sortir de leurs vieux schémas hérités de la guerre froide. La campagne pour la présidentielle nous montre en revanche qu’une majorité de la population française veut sortir des carcans et des fausses certitudes, et aspire à la dignité dans un monde de plus en plus complexe et incertain. La réflexion intellectuelle doit être libre et ne peut, à notre avis, être subordonnée aux habitudes partisanes qui trop souvent l’étouffent. Quels que soient nos choix individuels, Le Meilleur des mondes tiendra en toute indépendance son rôle d’animateur du débat intellectuel, en dehors de tout sectarisme et dans la vigilance à l’égard de tous les pouvoirs et contre-pouvoirs.

Le Meilleur des mondes

 
 
 
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