Le Meilleur des mondes est aujourd'hui en pleine mutation éditoriale.
Désireux d'atteindre un public plus large, nous souhaitons lancer une nouvelle formule. L'esprit sera le même. Mais la forme sera celle d'un magazine bimestriel, moins dense et moins coûteux, vendu en kiosques et en librairies.
Consacrant l'essentiel de notre énergie et de nos moyens financiers à cette nouvelle formule, nous n'avons pas publié le numéro 10 de la revue, prévu initialement pour janvier 2009. Nous vous prions de nous en excuser.
La parution du premier numéro de la nouvelle formule est prévue pour l’automne 2009.
Nous vous donnons donc rendez-vous dans quelques mois.
Michel Taubmann, rédacteur en chef
Olivier Rubinstein, directeur de publication
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Cette revue est née de l’ennui, de la solitude et du malaise croissants de quelques-uns – journalistes, écrivains, philosophes, chercheurs ou militants des droits de l’homme – face à une vie publique française qui semble se complaire dans le ressassement de mythes intellectuels usés et de rancœurs politiques impuissantes.
La crise française est apparue au grand jour lors de la présidentielle de 2002, où la double percée lepéniste et gauchiste du premier tour a abouti au spectacle tragiquement ridicule d’un président réélu avec plus de 80 % des suffrages, un score jusque-là inédit dans une démocratie moderne.
L’une des lectures possibles de la crise franco-américaine, dès l’automne suivant, lors du débat sur la guerre en Irak, n’est-elle pas aussi à chercher dans ce chiffre, l’Élysée s’affichant ouvertement face au monde, et non plus seulement face aux électeurs français, comme l’ultime rempart à la violence – une violence non plus lepéniste cette fois mais américaine ? Loin de tenir le rôle d’un allié exigeant mais loyal qui aurait contrebalancé l’unilatéralisme de George W. Bush, la France, gauche et droite confondues, s’est alors abandonnée à ses vieux démons qui l’amènent, depuis longtemps, à se défier de tout changement dès lors qu’il s’accompagne d’une extension de l’influence des États-Unis ou de celle de l’économie de marché.
L’ivresse antiaméricaine culmina lors des manifestations pacifistes de février-mars 2003. Dans un climat de judéophobie sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, et alors que l’islamisme militant bénéficiait d’une certaine mansuétude, on vit des cortèges où des Juifs étaient agressés tandis que des militants d’extrême gauche brûlaient drapeaux israéliens et américains aux côtés d’islamistes exhibant, eux, des portraits de Saddam Hussein.
Certains se sont tus, d’autres ont pris publiquement position contre le pacifisme, d’autres encore, par réaction ou conviction, ont ouvertement soutenu l’intervention américaine, mais ceux qui se retrouvent autour du Meilleur des mondes ont tous en commun d’avoir considéré cette période d’un œil critique, voire de s’être alors trouvé en situation de rupture.
La crise politique et institutionnelle d’avril 2002 et ses suites est aussi une crise intellectuelle. Bien que la France ait été l’un de ses principaux champs de bataille idéologique, la fin de la guerre froide n’a fait l’objet d’aucune pédagogie particulière. Rien ne semble vouloir changer. Sous de nouvelles appellations, altermondialisme d’un côté, souverainisme de l’autre, les cadavres des vieilles idéologies, nationaliste et communiste, continuent d’entretenir de faux clivages. Le libéralisme reste la bête noire responsable de tous les maux de la planète. Pour autant que les intellectuels, dans les périodes difficiles, aient un rôle à jouer, nous voudrions défendre une culture plus indépendante, capable d’interroger la complexité contemporaine, sans dissimuler nécessairement nos propres contradictions et hésitations.
C’est pourquoi, en hommage à Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes tente de formuler dans ce titre à la fois son ambition et sa modestie : antiutopique, contre tous les meilleurs des mondes imposés, à l’écoute du meilleur des mondes possibles – le seul qui soit.
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