Présent ? est un retour comme une échappée belle. Jeanne parle du collège et du corps enseignant.
Histoire de corps, oui, de sang battant, de réseaux, de matière, de muscles et de cellules. Du vivant à l’extrême.
Enclave de banlieue. Les élèves de troisième. Surtout une jeune fille.
« Elle porte un prénom américain de série télévisée. Accolé à son nom bien français, c’est ridicule. Son nom de famille sonne encore plus français et le prénom encore plus faux. C’est pour toute la vie. Elle n’est pas la seule. »
Madison Cotard…
Ses résultats en classe laissent peu de place au doute. Les dés semblent jetés. Elle est promise à rien ou bien à pas grand-chose.
Silencieuse. Rêveuse.
Inaccessible. Enfermée.
Comment la libérer, la rendre à elle-même ? La faire naître à nouveau ?
Autour de ce destin, Jeanne brosse une fresque dense. Chacun se répartit comme il peut là-dedans.
Galerie de portraits. Les acteurs du collège sont tenus à leur rôle. Mais tout s’intrique, se mêle, se perd et se reprend. Les émotions intimes et l’envie de faire. Les préjugés, les règles, les moments d’intervalle. L’établissement est comme un lourd bateau, reposant sur la quille. Imaginer comment le rendre à l’océan.
S’embarquer. Croire. Ne jamais renier ce qui vous tient à l’être. On est à la charnière. Au point de basculement.
Présent ? est au centre de l’univers de Jeanne. Tout ce qu’elle a vécu s’y retrouve pleinement.
Le professeur de lettres est entré dans la classe. Il n’a pas fait l’appel. Il a ouvert un livre. Il lit à haute voix. Il se passe quelque chose.
Ce n’est pas au programme…
C’est Jeanne qu’on entend.
« On découvre une langue par son mystère, ce qui nous touche là où on ne savait même pas qu’on existait. C’est cela la littérature et rien d’autre. Et on est grand et on est beau quand on a pénétré un texte. Il n’y a pas d’autre voie. Il faut oser. La fureur et la douceur. Extrêmes. Sans se poser de questions inutiles. Sans se laisser arrêter par les mots. Juste se laisser prendre. »
Il ne faut pas réduire Présent ? à une chronique scolaire. Ligne après ligne s’affile le tranchant. Tailler des ouvertures. S’enthousiasmer de lettres. Le livre entier palpite, renfle, respire, s’éveille. Il est là pour longtemps.
Extrait de la préface de Xavier Houssin (écrivain, critique au Monde des livres) ouvrant la brochure consacrée au dernier roman de Jeanne Benameur. Éditée par le conseil général du Val-de-Marne dans le cadre de l'aide à la création littéraire, cette brochure fait partie du dispositif d'accompagnement du roman et de son auteur dans le département du Val-de-Marne. |