Nouveau roman d’une des grandes voix de la littérature polonaise contemporaine, Tworki relève un véritable défi: restituer, par les mots, l’indicible.
Sonia disparaît, un jour, en ne laissant qu’une note obscure adressée à Jurek, signée d’une seule initiale « S. ». Que dire de cette incompréhensible perte et de cet étrange indice ?
Prenant l’appel au secours au sérieux, Bienczyk met en place une subtile machine à dire, pour que rien de ce qui s’est passé ne tombe dans l’oubli.
Au fil des pages, on suit donc Jurek, un jeune rêveur passionné de poésie, fraîchement embauché dans un hôpital psychiatrique à quelques kilomètres de Varsovie. De lui, du monde qui l’entoure, nous ne savons d’abord que peu de chose : tout juste partage-t-il avec nous son goût des lettres, tout juste apprenons-nous qu’il aime éperdument Sonia, une de ses collègues. Tout juste savons-nous que Sonia aime Olek, l’ami de Jurek, et que celui-ci se console auprès de Janka, elle aussi employée à l’asile.
Rien de plus…
Puis peu à peu le lecteur saisit – sans que jamais rien ne soit formulé – ce qui se passe. Peu à peu il comprend que nous sommes en 1943 dans la Pologne occupée, que le monde à l’extérieur de l’asile est pris dans un tourbillon bien plus fou que celui qui règne entre les murs de l’institution.
C’est ce monde indicible, ce monde de crime et de perte que l’on voit progressivement filtrer au travers de la narration, jusqu’à la fin tragique.
Dans un style dont le lyrisme et la poésie agissent comme des clés pour comprendre un réel innommable mais jamais pour le masquer ou le trahir, Marek Bienczyk nous livre une œuvre d’une originalité déroutante. En faisant fi des codes narratifs traditionnels et de leurs ficelles, en écartant délibérément toute velléité d’expliquer, l’auteur nous force à nous perdre dans le texte, à nous abandonner aux perceptions de Jurek et à subir, comme lui, l’implacable cours de l’histoire.
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